DÉJA EN 1933, UNE CABANE DÉLESTÉE DE SA COUVERTURE DE LAUSES

ALREADY IN 1933, A DRY STONE HUT ROBBED OF ITS COVERING OF STONE TILES

Christian Lassure

A plusieurs reprises, nous avons signalé (*) que de grandes cabanes présentant une retraite entre leur corps de base et le départ de leur couvrement, loin de constituer un type architectural à part, étaient en réalité des édifices « détoiturés », c'est-à-dire ayant été délestés de leur couverture de lauses, opération qui laisse apparaître l'extrados, généralement hérissé, de leur voûte d'encorbellement.

L'acquisition d'un exemplaire d'un tiré-à-part de l'article célèbre de l'archiviste Pierre-François Fournier sur « Les ouvrages de pierre sèche des cultivateurs d'Auvergne », paru en 1933 dans L'Auvergne littéraire, nous a fourni un nouvel exemple de ce genre de méprise et la preuve qu'elle a pu survenir même aux meilleurs de nos prédécesseurs.

En effet, la cabane de la figure XV, présentée, comble d'ironie, comme « Construction de type très soigné et de grandes dimensions, près de Maleville (Aveyron) », n'est qu'une grande caselle dont la partie supérieure a été proprement « déshabillée », laissant à nu l'extrados irrégulier de la voûte d'encorbellement. Mais il y a mieux (ou pire plus exactement) : le « déshabillage » a été étendu à la partie inférieure, au cylindre de base, ne s'arrêtant qu'au niveau du linteau de l'entrée. Cela explique l'élévation démesurée du cône découvert : il faut rajouter 1 m de hauteur au parement du cylindre.

Il faut savoir qu'un tel avatar n'est pas nécessairement le résultat d'un pillage opéré par un artisan à la recherche de lauses, il peut tout aussi bien, voire plus sûrement, être l'œuvre du propriétaire lui-même lors de la cessation du rôle agricole de la parcelle et donc de l'abandon de l'édifice : si notre homme paye un impôt sur sa cabane, l'enlèvement des lauses de couverture – à l'instar de l'enlèvement des tuiles d'un bâtiment agricole – l'aura exonéré de payer désormais cet impôt.

Sans doute est-il trop tard, en 2007, pour trouver des témoignages de ce genre de pratique auprès des héritiers des propriétaires de cabanes ainsi détoiturées. Il y a 30-40 ans, la chose aurait été encore possible, on détenait encore ce genre de renseignement dans les familles comme nous avions pu le constater dans le Lot lors de nos premières recherches. Si quelqu'un peut nous apporter la preuve du contraire, nous accueillerons volontiers ses informations.

(*) Autres pages du présent site traitant de ce sujet :
- 24 novembre 2003 : Cabane délestée partiellement de sa toiture de lauses à Saignon (Vaucluse) : cliquer ici
- 3 avril 2006 : Cabane détoiturée au lieu dit Les Garcins à La Cadière (Var) : cliquer ici
- 23 juillet 2006 : Cannibalisation d'une caselle à Livernon (Lot) au milieu des années 1970 : cliquer ici
- 20 janvier 2007 : On a marché sur la toiture ! Nouveaux exemples de cabanes détoiturées : cliquer ici


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© Christian Lassure

28 juillet 2007 / July 28th, 2007 - Complété le 25 juillet 2008 / Augmented on July 25th, 2008

Référence à citer :
Christian Lassure, Déjà en 1933, une cabane délestée de sa couverture de lauses (Already in 1933, a dry stone hut robbed of its covering of stone tiles),
http://pierreseche.chez-alice.fr/detoituree_1933. html,
28 juillet 2007 / July 28th, 2007

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