COMPTE RENDU

Les murs en pierres sèches. Élément du patrimoine madonenc, Mairie de Châteauneuf-Villevieille [Alpes-Maritimes], juillet 2013, 28 pages (dont couverture). Crédits photographiques : Edmond Mari (maire) et Geneviève Bach (adjointe).

Cette brochure a été financée apparemment par la commune de Chateauneuf-Villevieille et la communauté de communes du pays des paillons dans les Alpes-Maritimes (leurs logos respectifs figure sur la page 1 de couverture). Le nom de l'auteur n'est pas indiqué mais l'édito est signé d'Edmond Mari, maire de la commune et vice-président de la communauté de communes.

La plaquette retient l'attention moins par son papier glacé et son texte promotionnel que par son illustration didactique qui rend bien la nature et la diversité des anciens aménagements agricoles en pierre sèche rencontrés sur la commune. Monsieur le Maire a le coup d'œil. En vrac :
- tas d'épierrement parementés ou non parementés ;
- restanques, murs de retenue en pierre sèche implantés en travers d'un vallon  où coule un ruisseau non pérenne ;
- chaînages d'angle (ou besaces) en gros blocs ou en grosses dalles ;
- gradins complantés d'oliviers et soutenus par un mur en pierre sèche de 50 cm de haut sur des versants peu pentus ;
- bordure de rampe d'accès à un gradin ;
- escaliers volants simples voire doubles sur mur de restanque ;
- escaliers en décrochement  sur mur de restanque ;
- micro-terrasses créées à l'abri d'un gros rocher ;
- galerie de captage d'une source (ou « mine ») à voûte clavée en pierre sèche ;
- chemin pavé (ou « calade ») bordé en aval par un parapet en pierre sèche ;
- calades d'accès perpendiculaire aux restanques successives avec des volées de marches dans les parties les plus pentues.
L'auteur signale en outre des murs à double parement destinés à délimiter les zones de pâturage.

Micro-terrasse restaurée au lieudit Le Castellar à Châteauneuf-Villevieille (Alpes-Maritimes). © Edmond Mari.

Micro-terrasse restaurée au lieudit Le Castellar à Châteauneuf-Villevieille (Alpes-Maritimes). © Edmond Mari.

Les matériaux  employés à la construction de ces aménagements sont d'extraction locale : moellons de brèche (1), moellons de grès, moellons de calcaire, employés bruts dans une maçonnerie non assisée, sauf dans les besaces d'angle en gros blocs taillés en parement.
Les pierres marno-calcaires, présentes sur la commune, ont été délaissées en raison de leur effritement à l'air libre. L'auteur note aussi la présence d'un mur en blocs cyclopéens.

Si aucune indication cartographique n'est disponble quant à la localisation des zones anciennement aménagées, les noms des lieux-dits concernés apparaissent toutefois au gré des légendes de l'illustration photographique. Leur récolement donne la liste suivante : La Balma, Les cabanes, Le Castellar, Castel Nuovo, Le Col, contrefort de la barre du Midi, Coulet de Falcona, Le Fontanil, Les Fournas, Les Fournes, Le Gerp, Le Haut des Cabanes, Mélière, Le Preït, Ramadan, Rémauriam, Les Scaïrons, Les Tourrettes, Le Touron, travers du vallon des Fournas, vallon des Fournas. Il ne reste plus au lecteur qu'à se procurer une copie du cadastre actuel pour situer ces lieu-dits...

On lit, à la page 4, sous l'en-tête « En quête de surfaces cultivables », les affirmations suivantes :
« En liaison avec l'expansion démographique des XVIIème et XVIIIème siècles, les habitants en quête de surfaces cultivables, ont défriché la forêt et aménagé de nouvelles parcelles destinées à accueillir des oliveraies, des cerisaies, la culture de diverses céréales voire du maréchage à proximité des sources. »
Le XVIIe siècle, c'est 1600-1699, et le XVIIIe siècle, 1700-1799 : sur quelles sources démographiques  et cadastrales l'auteur s'appuie-t-ils donc pour attribuer une aussi grande ancienneté à cette conquête de nouveaux terroirs ? Cela n'est pas précisé. Et pour cause : les recensements de la population n'ont commencé qu'en 1793, avec 966 habitants, nombre qui grandit jusqu'à un pic de 1853 habitants en 1858, suivi d'une dégringolade jusqu'en 1962 (2). Se pourrait-il que ces défrichements et mises en cultures soient en fait bien plus tardifs que la période 1600-1800 ?

Au vieillissement outrancier des vestiges, viennent s'ajouter les poncifs et clichés habituels de « la pierre sèche » :
- celle-ci participe à l'élaboration de l'identité de la commune (comme des centaines de communes  possèdent sur leur territoire ce genre de vestiges, elles ont donc toutes, paradoxalement, la même identité...) ;
- le paysage de terrasses fait partie de notre patrimoine (le dire ne coûte rien, mais pour qu'un paysage humanisé cesse d'évoluer et se fige pour le plaisir des touristes, il faut avoir les moyens de l'entretenir régulièrement) ;
- la maçonnerie à pierre sèche est un « savoir-faire ancestral » (vieille antienne du culte des ancêtres qui fait l'impasse sur le fait que la réapparition de la technique en France doit beaucoup aux recherches et publications du CERAV à partir du début des années 1970) ;
- la maçonnerie à pierre sèche est une « technologie écologique, économique et durable » (ce discours promotionnel et  cette terminologie à la mode ne remplacent pas une étude sérieuse des avantages et des inconvénients de la dite technologie).

Ces critiques mises à part, la brochure constitue un très instructif panorama photographique des anciens ouvrages agricoles en pierre sèche de la commune et la base d'un éventuel parcours didactique lié à ces vestiges.

NOTES

(1)  Les brèches sont constituées d'éléments calcaires argileux cimentés par de la calcite.

(2) Voir le tableau et l'histogramme de l'évolution démographique de Châteauneuf-Villevieille publiés dans l'article consacré à cette commune dans Wikipédia.


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© Christian Lassure

15 octobre 2021 / October 15th, 2021

 

Références à citer / To be referenced as :

Christian Lassure

Compte rendu de Les murs en pierres sèches. Élément du patrimoine madonenc, Mairie de Châteauneuf-Villevieille, juillet 2013, 28 pages

http://pierreseche.chez-alice.fr/murs_de_chateauneufvillevieille.htm

15 octobre 2021

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