UNE CURIOSITÉ ARCHITECTURALE :

LES MURS À THANGKA DES GRANDS MONASTÈRES TIBÉTAINS

Christian Lassure, agrégé de l'Université
 

Un « mur à thangka » est une construction en maçonnerie de pierre servant à la suspension, en plein air, de thangkas géants, ou monumentaux [1], en brocart de soie, en tibétain « gos ku » / « go ku » (« image en tissu »), dans certains grands monastères bouddhistes de la région autonome du Tibet en Chine. Le mur, qui se dresse sur un versant de colline et domine le complexe monastique, se présente sous la forme d'un bâtiment de plan rectangulaire, très étroit, très allongé et très haut, qui se termine par un toit plat ceint d'un parapet et dont la façade antérieure accuse un fruit prononcé. L'aspect général n'est pas sans évoquer, toutes proportions gardées, un écran plat d'ordinateur (la littérature sur ces murs les compare aussi à des « écrans de cinéma en plein air » et à des « tableaux noirs »). Le mur à thangka est utilisé principalement lors des fêtes de l'exposition du Bouddha, lesquelles se déroulent à diverses dates du calendrier tibétain selon les monastères. Une terrasse plus ou moins large est aménagée en avant du mur pour accueillir les fidèles.

La découverte de ces édifices très particuliers à travers des photos mises en ligne sur l'Internet, nous a incité à nous lancer dans des recherches photographiques et textuelles à leur sujet. Si le présent article en est le résultat, il est loin, toutefois, d'épuiser le sujet.

Fig. 1 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Le mur à thangka lors de l'exposition du thangka d'Amitabha, le Bouddha de la lumière infinie, le 1er juillet 2015. Source : site vtibet.com.
Des fidèles se sont arrêtés pour le contempler depuis l'entrée du monastère.

1. Appellations

Selon que l'on se tienne face au côté long antérieur ou face à un des côtés étroits de l'édifice, l'impression recueillie est celle d'un mur gigantesque ou bien celle d'une tour élevée. Cela explique peut-être l'existence, dans les écrits qui abordent le sujet, des deux appellations − « mur » et « tour » − pour désigner ce type de bâtiment. Quoi qu'il en soit, le nom le plus répandu est « mur » : mur à thangka en français, thangka wall en anglais, tangamauer en allemand.

1.1 En tibétain

Au monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, le mur a pour appellations en tibétain :
- « kugopea » (Samuel Turner, 1800),
- « gö-ku-pea » (Laurence Austin Waddell, 1895), c'est-à-dire « cloth-image tower » / « tour à image en tissu »,
- « kiku-tamsa tower » (Laurence Austin Waddell, 1895 ; William Carey, 1901), c'est-à-dire « tour support d'image en tissu »,
- « kiku-tamsa » (Sarat Chandras Das, 1902), c'est-à-dire « support d'image en tissu »,
- « gos-sku-spe'u » (Michael Aris, 1982).

Fig. 2 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Source : Ali and Julians Travels in Tardis.
Du fait de son allongement et de son étroitesse, l'édifice, vu de face, fait penser à un mur. Sa maçonnerie de pierres est revêtue d'un badigeon blanc.

Au monastère de Palcho Chode à Gyantsé, il a pour noms
- « gheku tower » (Victor Chan, 1994),
- « goku tramsa » (selon The Tibet Album, 2006) ou « gos sku thang sa » (Michael Henss, 2011) (« support d'image en tissu »).

Les termes kugo, gos sku, goku, gheku et kiku désignent le thangka monumental (kugo étant apparement l'interversion des syllabes de goku, et gheku et kiku étant censés être la prononciation populaire de gos sku ou goku).

1.2 En anglais

Dans les écrits de langue anglaise évoquant ce type de bâtiment, on parle généralement de
- « thangka wall » (« mur à thangka ») (Andreas Gruschke, 2001 ; The Tibet Album, 2006 ; Michael Henss, 2011 ; Tibet, Lonely Planet, 2015 ; Diane Lange, 2016),
- ou parfois de « support wall » (« mur de support ») (Tibet, Lonely Planet, 2015),
- ou encore de « display wall » (« mur d'exposition ») (Ronald M. Bernier, 1997), l'emploi de « wall » (« mur ») étant métonymique (la partie remplace le tout).

L'explorateur américain F. Bailey Vanderhoeff, Jr., dans ses mémoires rédigés en 1938, use du terme « pylon » (pylône).

1.3 En allemand

Le zoologue allemand Ernst Schäfer, séjournant au Tibet en 1938-1939, donne le nom de « große Tangamauer » (« grand mur à thangka ») au support de thangkas géants du monastère de Palcho ainsi qu'à celui du monastère de Tashilhunpo.

1.4 En français

Dans Tibet. Le Guide du Pèlerin de Victor Chan, traduit de l'anglais (1998), on trouve « mur à thangka » (p. 910), mais aussi « tour du gheku » (p. 457).

Fig. 3 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Source : site tripadvisor.com.
Du fait de son étroitesse, l'édifice, vu de côté, fait l'effet d'une tour. Les trois tiges en haut de la façade arrière sont des gargouilles d'évacuation de l'eau de pluie pour la plateforme sommitale.

2. Inventaire des murs à thangka géant

Au moins quatre grands monastères de la région autonome du Tibet en Chine possèdent un mur à thangka géant : Séra (à Lhassa), Palcho (à Gyantsé), Tashilhunpo (à Shigatsé) et Riwo Dechen (à Qonggyai). Les murs de Séra et de Riwo Dechen sont de construction récente, ceux de Tashilhunpo et de Palcho sont debout depuis plusieurs siècles. La robustesse de leur construction n'est pas étrangère à cette longévité.

2.1 Monastère de Séra à Lhassa

Le mur à thangka se dresse près de l'ermitage de Chöding (lieu de retraite de Tsongkhapa avant l'édification du monastère). Il est de construction récente, ayant remplacé une plateforme aménagée à flanc de colline [2]. Il n'est pas sans présenter quelque ressemblance avec son homologue de Tashilhunpo (voir infra).

Fig. 4 - Monastère de Séra, près de Lhassa, en 2011. Source : Wikimedia Commons.
Dans la partie droite de l'image, on aperçoit, à l'arrière-plan, en amont, le grand mur à thangka, reconnaissable à sa face avant aveugle (à l'exception de rangées de fentes ou jours) et à son élévation en forme de trapèze isocèle (accentuée par une prise de vue en grand angle).

 

Fig. 5 - Monastère de Séra, près de Lhassa. Source : site Guide de la Chine.
Vue d'un côté étroit et de la façade arrière du mur à thangka. Si l'arrière est aveugle, par contre le côté est percé d'une file de trois fenêtres (il en va de même sur la face opposée où se trouve l'entrée de l'édifice). La tenture rouge sombre entourant le dernier étage ne recouvre pas la face arrière. En haut de celle-ci, quatre gargouilles servent à évacuer l'eau de pluie tombant sur la plateforme sommitale. L'esplanade aménagée sur le devant du bâtiment est destinée à accueillir les fidèles lors de l'exposition des thangkas.

Il sert à suspendre de grands thangkas du Bouddha lors de la fête du Shoton au mois d'août.

Fig. 6 - Monastère de Séra, près de Lhassa. Source : site Guide de la Chine.
Vue d'un thangka monumental suspendu depuis le sommet. On aperçoit, à la base de la face étroite, l'entrée de l'édifice et sa rambarde métallique.

 

Fig. 7 - Monastère de Séra, près de Lhassa. Source : Potala Travel.
Vue d'un autre thangka monumental, exposé lors de la fête du Shoton. Sans doute ancien, d'après son aspect délavé, il est suspendu à une tringle en bois, elle-même retenue pas des cordes dont le point de départ est le parapet du toit en terrasse. Sur la droite, l'escalier d'accès à l'entrée de l'édifice est marqué par une rambarde métallique peinte en jaune vif. Au pied du mur, sur la gauche, on aperçoit les écharpes de félicité lancées par les fidèles en direction de la déité.

2.2 Monastère de Palcho à Gyantsé

Massif et austère, le mur à thangka du monastère de Palcho se dresse en position dominante sur un versant dans l'angle nord-est de l'enceinte du monastère construite en 1425. Son érection ne serait pas antérieure aux années 1430 lorsque les thangkas monumentaux afférents furent commandités. Le mur a pour nom « goku tramsa » (selon The Tibet Album), ou « go sku thang sa » (selon Michael Henss, qui reprend également l'appellation de « go sku spe'u » pour le désigner) [3].

Fig. 8 - Monastère de Palcho à Gyantsé en 1938. Vue de l'enceinte monastique avec ses tours et ses murailles prise depuis la plaine par Ernst Schäfer. Source : Wikimedia Commons.
Le grand mur à thangka (« große Tangamauer ») dresse sa masse imposante au point le plus élevé de l'enceinte. Il cache à la vue une portion de muraille et des tours en ruine. Au contraire des autres bâtiments monastiques, il n'est pas badigeonné de blanc.

 

Fig. 9 - Monastère de Palcho à Gyantsé en 2010. Source : Wikimedia Commons.
Vue plongeante du monastère dans son cirque de collines délimité par une enceinte de tours et de murailles. Le mur à thangka se dressse en haut d'un versant, juste sous une portion de l'enceinte. Sa maçonnerie de pierre a échappé au badigeon blanchâtre des bâtiments monastiques et au badigeon rougeâtre des murailles et des tours de l'enceinte.

 

Fig. 10 - Monastère de Palcho à Gyantsé. Vue satellitaire du mur à thangka et des vestiges de l'enceinte d'après Google Earth.
L'intérêt de cette photo est de nous montrer la présence, au sommet de l'édifice, d'un toit en terrasse ceint d'un parapet.

Lors de la fête de Gyantsé, le 15e jour du 4e mois de l'année tibétaine [4], il sert, une année sur deux, à suspendre le thangka monumental de Sakyamuni, conservé dans un sac de cuir dans la chapelle de Dorje Ying. Il alterne, l'année suivante, avec le gos sku de Maitreya. Un troisième thangka, celui de Dipankara, n'est plus exposé en raison de son état [5].

Fig. 11 - Monastère de Palcho à Gyantsé en 1938. Le mur à thangka photographié par Ernst Schäfer lors de l'exposition du Bouddha. Source : Wikimedia Commons.
Bâti à flanc de colline, le grand mur à thangka (« große Tangamauer ») a un fruit très prononcé afin de contrecarrer la poussée au vide. Les côtés étroits ont, eux aussi, un fruit très marqué et des contreforts à la base. Les moines qui se tiennent en haut et en bas de la structure, donnent par comparaison, une idée de sa taille.
On distingue un thangka central et un thangka latéral (sur la droite, quand on est face au mur). Il y a place, à gauche, pour un deuxième thangka latéral. Une petite terrasse, à l'avant de la structure, sert à la manœuvre lors de la suspension et de la descente des thangkas et à l'accueil des ouailles.

 

Fig. 12 - Monastère de Palcho à Gyantsé. Photographie de Brian J. McMorrow. Source : site pbase.com.
Les traces en clair visibles sur la face avant de la structure semblent correspondre à l'emprise du thangka géant central lorsqu'il est déployé. Les 18 petits trous en ligne sous la base du parapet sommital et au-dessus de la dernière rangée de petites ouvertures sont en rapport avec les cordes servant à hisser les thangkas (logements des poulies sur lesquelles glissent les cordes de levage).

 

Fig. 13 - Monastère de Palcho à Gyantsé. Source : Tibet: Sakya & Gyantse, sur le blogue Om-Round the World, 15 novembre 2011.
Exposition du thangka de Sakyamuni, le plus ancien du Tibet, le 15e jour du 4e mois du calendrier tibétain. Deux petits thangkas, de facture plus récente, encadrent le thangka central, aux couleurs passées. Les fidèles, qui se pressent au pied du mur, présentent des écharpes de félicité blanches à la déité.

 

Fig. 14 - Monastère de Palcho à Gyantsé. Source : Wona Bartoszcze, Sagadawa; wielka thangka w Gyantse, Czerwiec 23, 2011.
Vue rapprochée des trois thangkas. La pièce centrale est suspendue à une tringle légèrement arquée. Les traînées blanches sont des écharpes de félicité accrochées au bord supérieur du gos ku.

2.3 Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé

Le mur à thangka du monastère de Tashilhunpo se dresse à flanc de colline à l'extrême nord-est du complexe monastique. Grâce à sa position dominante, il se voit de très loin. C'est le plus grand et le plus majestueux des murs à thangka existants. Il fait approximativement 32 m de haut sur 42 m de longueur à la base [6].

Fig. 15 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, photographié en 1900 ou 1901 par l'explorateur russe G. Ts. Tsybikov (ou Tsybikoff) pour le compte de la Société géographique impériale de Russie à Saint-Pétersbourg. Source : site Internet de la Bibliothèque numérique mondiale.
Le mur à thangka dresse sa masse blanchâtre, à flanc de colline, sur la droite des bâtiments monastiques.

 

Fig. 16 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé en 1938. Vue d'ensemble prise depuis la plaine par Ernst Schäfer, chef de l'expédition allemande au Tibet (1938-1939). Source : Wikimedia Commons.
La légende en allemand – große Tangamauer im Hintergrund und Pferdesteppe – met l'accent sur le « grand mur à thangka à l'arrière-plan » et sur la petite troupe de chevaux des steppes.

 

Fig. 17 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Vue satellitaire du mur à thangka et de sa terrasse antérieure d'après Google Earth.

Le mur servait à exposer des représentations gigantesques de Maitreya (le Bouddha à venir), d'Amitabha (le Bouddha de la lumière infinie) et de Sakyamuni (le Bouddha éveillé), à raison d'un thangka différent par jour, lors d'une fête se déroulant du 14e au 16e jour du 5e mois lunaire tibétain (soit les 1er, 2 et 3 juillet).

Fig. 18 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, 1938. Le mur à thangka (tanga mauer en allemand) photographié par Ernst Schäfer, chef de l'expédition allemande au Tibet (1938-1939). Source : Wikimedia Commons.
Le mur est photographié en contre-plongée depuis un bâtiment en contrebas. Sa face avant est percée de six rangées de quatre trous d'aération ou d'éclairage chacune, la sixième rangée se trouvant cachée sous la tenture sommitale de teinte sombre. Ses côtés étroits accusent un fruit prononcé et sont renforcés chacun par un massif de maçonnerie (seul celui de gauche est visible sur la photo). Une terrasse, soutenue par un haut mur, précède l'édifice. Elle sert à accueillir la foule des fidèles. L'ensemble du dispositif est badigeonné de blanc.

 

Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, 1938 : vue d'un des côtés étroits et de la façade arrière du mur à thangka photographiés par Ernst Krause.

Fig. 19 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, 1938. Vue d'un des côtés étroits et de la façade l'arrière du mur à thangka photographiés par Ernst Krause, membre de l'expédition allemande au Tibet (1938-1939). Source : Wikimedia Commons.
Le tiers inférieur du côté étroit est caché à la vue par le versant arrondi mis entre le photographe et l'objet photographié. Les cinq fenestrons visibles sont à la même hauteur que ceux perçant la façade antérieure. L'excroissance dépassant du sommet plat de l'édifice correspond à une logette abritant l'accès à la plateforme sommitale depuis les étages inférieurs.

 

Fig. 20 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, 1938. Vue du monastère prise depuis l'amont par Ernst Krause. Source : Wikimedia Commons.
Dans le coin supérieur gauche de la photo, se dresse le mur à thangka, dont on aperçoit la face arrière et l'une des faces latérales avec son énorme contrefort maçonné. Le dernier étage, terminé par une plateforme ceinte d'un parapet en léger encorbellement, est souligné par une tenture extérieure, sauf sur la face arrière.

 

Fig. 21 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, 2005. Photographie de Philip Roelli. Source : Wikimedia Commons.
Vue latérale avant du mur à thangka avec un de ses contreforts latéraux et sa terrasse antérieure. La tenture dont est ceinte la partie sommitale, est d'un rouge sombre. De petites découpes rectangulaires sont visibles au niveau de la sixième et dernière rangée de fentes.

 

Fig. 22 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Source : site Wallpaper Studio 10.
Vue latérale arrière du mur à thangka. La maçonnerie en est constituée de lits successifs de grosses pierres de même gabarit liées au mortier. La maçonnerie du contrefort d'angle alterne une assise de grosses pierres avec une assise de plaquettes. Le côté étroit est percé d'une ligne de six petites ouvertures barreaudées, la première étant dissimulée par le contrefort. La face arrière est aveugle. L'entrée de l'édifice se devine à sa base, dans l'axe vertical médian. Sous le parapet terminal, trois gargouilles penchées servent à évacuer l'eau de pluie de la plateforme sommitale. Le chemin de circumambulation du monastère longe le bas de la façade arrière.

 

Fig. 23 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Exposition du thangka d'Amitabha, le Bouddha de la lumière infinie, le 1er juillet 2015. Source : site vtibet.com.
Il s'agit d'un thangka géant créé dans les années 1990. Il fait 25 mètres de largeur sur 35 mètres de hauteur. Le voile aux bandes verticales multicolores qui dissimule le thangka à la vue pendant son levage, a été relevé et replié en boudin. Une sangle ou une corde jaune relie apparemment la bordure haute et la bordure basse du thangka.

 

Fig. 24 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Exposition du thangka de Sakyamuni, le fondateur du bouddhisme (le Bouddha historique), un 2 juillet. Source non répertoriée.

 

Fig. 25 - Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. Exposition du thangka de Maitreya (ou Jampa), le Bouddha à venir, un 3 juillet. Source : site Tibet Vista.
Le thangka est une création récente ainsi que l'attestent ses couleurs vives..

2.4 Monastère de Riwo Dechen à Qonggyai

Bâti à flanc de colline, le mur à thanka monumental de Riwo Dechen domine l'ensemble du monastère et se voit de très loin. Il est apparemment de construction récente.

Un grand thangka de Maitreya, le Bouddha à venir, est conservé dans le monastère.

Fig. 26 - Monastère de Riwo Dechen à Qonggyai en 2008. Source : Wikimedia Commons.
Les murs latéraux sont verticaux, la face avant a un fruit marqué. Le dernier étage, en retrait par rapport à la face externe du mur, est percé de trois petites fenêtres encadrées par deux portes.

 

Fig. 27 - Monastère de Riwo Dechen à Qonggyai, sans date. Source : mapio.net.
Le fruit de la face avant du mur à thangka est obtenu au moyen de retraites successives de la maçonnerie, d'où l'aspect crénelé des deux bords. Une rambarde métallique borde la coursive à la base du dernier étage. De petits jours percent la maçonnerie de chaque degré. Un mur maçonné borde la terrasse sur l'avant de la structure.

3. Descriptions anciennes du mur à thangka de Tashilhunpo

3.1 Samuel Turner (1800)

Le mur à thangka du monastère de Tashilhunpo à Shigatsé est, selon Samuel Turner qui en publie la description en 1800 [7], un bâtiment haut et large mais étroit situé à l'extrême nord-est du complexe monastique et répondant au nom de « kugopea ». Il contient, à ce qu'on lui a rapporté, les portraits des grands lamas ainsi que d'autres sujets sacrés relevant de la mythologie bouddhiste ; il est affecté à la pratique de certains rites lors de festivités religieuses.

Fig. 28 - Gravure du mur à thangka du monastère de Tashilhunpo publiée par le voyageur Samuel Turner en 1800 (avec pour légende : « The Dwelling of Tessaling Lama, with the religious Edifice stiled Kugopea) ». Source de la reproduction : Michael Taylor, Le Tibet - De Marco Polo À Alexandra David-Néel, Payot, Office du Livre, Fribourg, 1985, p. 86, fig. 54.

 

Fig. 29 - Carte intitulée «Thibet, Mongolia, and Mandchouria » tirée de l'Atlas of the World de R. M. Martin et J. & F. Tallis, 1851. Elle montre les parties nord et ouest de l'empire chinois dans ses frontières délimitées par le traité de Nerchinsk de 1686. Source : Wikimedia Commons.
Dans l'angle supérieur gauche, est figuré le palais du panchen lama au monastère de Tashilhunpo avec, sur le côté et en amont, le gigantesque mur servant à la suspension du thangka du Bouddha (voir ci-dessous).

 

Fig. 30 - Représentation du palais du panchen lama au monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, extraite de la carte intitulée «Thibet, Mongolia, and Mandchouria » tirée de l'Atlas of the World de R. M. Martin et J. &F. Tallis, 1851. Elle est la copie de la gravure de Nicolas Turner.
Le mur à thangka figuré à droite du palais et en contre-haut de celui-ci, a été démesurément allongé par le dessinateur. S'il est reconnaissable à sa face avant aveugle, son fruit marqué, sa succession de petites ouvertures latérales et la bande de tentures entourant son sommet plat, il lui manque toutefois la moitié de son épaisseur.

3.2 Collection Wise (milieu du XIXe siècle)

Un détail de la carte panoramique du Tibet méridional faisant partie de ce qu'il est convenu d'appeler la collection Wise, restitue le monastère de Tashilhunpo tel qu'il était au milieu du XIXe siècle avec son mur à thangka, les mausolées des quatre panchen lamas et le jardin Kiki Naga [8].

Fig. 31 - Représentation du monastère de Tashilhunpo sur la carte panoramique du Tibet méridional dans les Albums Wise. Source : The British Library Board, Add. Or. 3016, Folio 2.
Dans l'angle supérieur droit, on peine à distinguer le mur à thangka, qui paraît bien riquiqui par rapport aux mausolées des panchem lamas alors que dans la réalité il domine ces derniers par sa position et ses dimensions. Il y a manifestement une hiérarchisation des bâtiments selon leur importance sur le plan religieux.

3.3 Laurence Austine Waddell (1895)

Un demi-siècle plus tard, l'explorateur britannique Laurence Austine Waddell décrit le même édifice, dénommé « gö-ku-pea » (« the stored silken pictures ») car il servait à exposer, lors de certaines fêtes, des représentations gigantesques de Maitreya et autres divinités bouddhistes que l'on déployait sur les parois du bâtiment. Les fidèles, pour leur part, appelaient le bâtiment « kiku-tamsa ». Il servait aussi d'entrepôt pour les carcasses séchées de moutons, chèvres et yaks réservées à la nourriture des moines. La large terrasse devant la structure accueillait la foule lors de l'exposition des thangkas monumentaux en juin et en novembre [9].

3.4 William Carey (1901)

La description que donne Waddell du mur à thangka, est reprise en 1901 par le missionnaire William Carey. Voyant dans ce mur d'exposition le bâtiment le plus intéressant de Tashilhunpo, il en compare la forme à celle d'un coin (« a wedge ») ou à celle de la grosse lame d'une cognée (« the broad blade of a hatchet ») et en assimile la fonction à celle d' un tableau noir ou d'un écran de cinéma gigantesques (« a gigantic blackboard or picture screen »). Non sans esprit, il qualifie l'édifice de garde-manger des moines (« the lamas' larder ») en raison de son autre fonction comme entrepôt de viandes séchées (sur le même modèle, une photo est légendée « the Lamas' Blackboard ») . Il mentionne uniquement la prononciation populaire (« kiku tamsa ») du nom du bâtiment [10].

3.5 Sarat Chandra Das (1902)

À la même époque, l'espion indo-britannique Sarat Chandra Das, qui s'est rendu au pied de l'édifice, lui donne alors plus de 200 ans d'âge et 60 pas de longueur et 30 pas de largeur, dénombre neuf étages, mentionne « kiku tamsa » comme désignation, signale son usage comme chambre froide et note que Turner en a fait un croquis en 1785 et a cru qu'il s'agissait d'un bâtiment religieux [11].

Fig. 32 - Dessin du monastère de Tashilhunpo réalisé à la manière tibétaine par le pandit Sarat Chandra Das en 1882.
En haut, à droite, sous le numéro 19, on aperçoit le mur à thangka avec sa terrasse et son escalier. La légende dit : « Kiku Tamsa. The nine storeyed stone structure, about 120 feet high (= 42 m 60), 100 feet long (= 30 m 50) , and 60 feet wide (= 21 m 30), to the western face a tapestry is hung during the prayer time every year ».

 

Fig. 33 - Agrandissement de détail du dessin précédent.
Dans la réalité, les contreforts latéraux sont bien plus marqués et le nombre d'ouvertures par rangée est de quatre et non pas de trois.

4. Description ancienne du mur à thangka de Palcho Chode

4.1 F. Bailey Vanderhoef, Jr. (1938)

Une description plus ou moins détaillée tant de l'extérieur que de l'intérieur du mur à thangka du monastère de Palcho Chode se trouve dans les mémoires d'un explorateur américain, F. Bailey Vanderhoef, Jr., qui séjourna à Gyantsé en 1938 pour y photographier les danses exécutées par les moines lors des festivités annuelles de l'anniversaire de Bouddha ou Saga Dawa. Il indique tout d'abord que le « pylône » (pylon en anglais), ainsi qu'il qualifie la structure, servait à l'origine non seulement pour y accrocher de gigantesques « banderoles » (banners) portant l'image du Bouddha mais aussi de « grenier à grain » (granary). Il souligne le fait que le thangka est constitué de trois parties, une partie centrale et deux parties latérales. La banderole latérale gauche est toutefois absente, ayant disparu dans des circonstances mystérieuses, à ce qu'on lui a rapporté. La rumeur y voit la main soit des Chinois, soit des Anglais. Le thangka est un assemblage de pièces de brocart découpées selon un patron et cousues entre elles, puis appliquées sur une toile. Les brocarts, note Vanderhoef, sont parmi les plus beaux et les plus chers : velours de Gênes, velours de Florence, tissu doré de Perse, brocart de soie français du XVIIe siècle, ainsi que pièces de tissus chinois, indiens et même japonais [12].

Fig. 34 - Monastère de Palcho Chode à Gyantsé. Source : F. Bailey Vanderhoef, Jr., A Glimpse of Another World: A Journey Through Western Tibet (1938), 2008, p. 120. La montée au mur à thangka.

L'intérieur du pylône, où règne une obscurité presque complète, est divisé en plusieurs niveaux portés par d'énormes poutres de cyprès. Chaque niveau est occupé par une succession de bacs à grain disposés de part et d'autre d'une allée centrale. La communication entre les niveaux se fait par de larges escaliers situés à une des extrémités. En raison de son édification sur un versant assez abrupt, le pylône a son mur arrière réduit à une faible élévation contrairement à son mur avant dont l'élévation, avec sa base talutée, part de bien plus bas sur le versant. Au sommet du pylône se trouve un toit plat faisant fonction de terrasse. Sous le parapet de la façade, se trouve une rangée de 20 à 30 (en fait 18) grosses poulies en bois encastrée dans la maçonnerie et servant à guider les cordes attachées à la bordure haute des thangkas [13].

5. Transport, levage, dévoilement, exposition et descente d'un thangka géant

5.1 À Palcho Chode

Le transport, le hissage, le dévoilement et l'exposition de gos sku au monastère de Palcho en 2001 sont décrits par le tibétologue Michael Henss. Le 9 juin, à 4 h du matin, dans une des chapelles, on procède à l'ouverture des grands sacs en cuir où sont rangés les thangkas. À 5 h, le thangka central (the principal scroll) et le thangka latéral (the lateral banner) sont emportés par de jeunes fidèles jusqu'au mur à thangka où les attendent une trentaine de moines psalmodiant des soutras et soufflant dans de longues trompettes. À 6 h moins le quart, alors qu'il fait encore nuit, le thangka central est attaché dans son bord supérieur et sur toute sa largeur à une longue tringle métallique. Un peu après 6 h, une quinzaine de fidèles, assis au sommet plat du bâtiment-mur et derrière son mur-bahut, hissent la première tapisserie au moyen de quinze cordes attachées à la tringle. L'opération se fait en moins de cinq minutes. À 6 h un quart, le thangka latéral est hissé à son tour au moyen de trois cordes. Lors du soulèvement, les 18 cordes glissent sur autant de roulettes en bois fixées sous le mur-bahut sommital. Les pèlerins accomplissant intra muros leur kora, ou circumambulation, et passant au pied du mur à thangka, peuvent alors offrir des écharpes de soie à la divinité et se prosterner devant sa représentation. Vers 10 h, lorsque le soleil est sur le point d'apparaître à l'Est au-dessus des collines, les longues trompettes résonnent, signalant la fin de l'adoration et la descente de la tapisserie. Exigeant beaucoup d'attention, la manœuvre prend une demi-heure. Les thangkas sont ensuite pliés (et non pas enroulés) par des mains expertes avant d'être rapportés à leur lieu de départ. Cela prend une heure de plus. En tout et pour tout, les gos sku auront été visibles pendant quatre heures environ [14].

Cette description est la même que celle de F. Bailey Vanderhoef, Jr., laquelle toutefois a le mérite d'être accompagnées de photos remontant à huit décennies.

Fig. 35 - Monastère de Palcho Chode à Gyantsé. Source : F. Bailey Vanderhoef, Jr., A Glimpse of Another World: A Journey Through Western Tibet (1938), 2008.
Le thangka central hissé sur toute la hauteur du mur et exposé à la vénération. Si le petit thangka de gauche manque, c'est qu'il a disparu du monastère !

 

Fig. 36 - Les thangkas en train d'être descendus avant que les rayons de soleil ne les frappent. On aperçoit la base talutée du mur avec sa succession de degrés.

 

Fig. 37 - Les moines en train de replier les thangkas sous les premiers rayons de soleil.

 

Fig. 38 - Le thangka est non pas enroulé mais replié.

 

Fig. 39 - Le thangka latéral a été remis dans sa sacoche tandis que le pliage de la pièce centrale est presque terminé. Quelques moines sont encore juchés sur les degrés du soubassement.

5.2 À Tashilhunpo

Une vidéo mise en ligne par une agence de voyage chinoise met en relief l'opération de levage d'un grand thangka depuis la plateforme sommitale du kiku-tamsa de Tashilhunpo. Des groupes de deux ou trois moines assis par terre tirent à la force du poignet et en rythme les cordes de levage du kiku. Ces cordes, qui passent dans des conduits réservés à la base du parapet frontal et glissent sur des poulies en bois logées entre deux poutres, sont attachées à la tringle en bois du thangka [15].

 

Fig. 40 - Mur à thangka de Tashilhunpo. La logette protégeant l'accès à la plateforme sommitale. L'ascension se fait par de simples échelles en bois.

 

Fig. 41 - Mur à thangka de Tashilhunpo. Les équipes de moines en pleine action en arrière du gros parapet frontal.

 

 

Fig. 42 - Mur à thangka de Tashilhunpo. Juché sur le parapet, le moine donnant le rythme en tapant sur un tambour.

 

Fig. 43 - Mur à thangka de Tashilhunpo. La tringle en bois est en fait un assemblage de grosses perches en bois fendues dans le sens de la longueur.

 

Fig. 44 - Mur à thangka de Tashilhunpo. La base, en porte-à-faux, du gros parapet frontal porté par des solives. On aperçoit, entre deux solives, une sorte de poulie formée d'un axe et de deux rouelles en bois facilitant le passage d'une corde.

Sur cette évocation, nous clôturerons nos investigations sur le sujet des murs à thangka, non sans signaler toutefois que l'exposition de thangkas géants en plein air se fait également sur le mur-façade d'un bâtiment, sur une plateforme pavée ou sur un support métallique épousant la pente d'une colline, autant de cas de figure qui méritent de faire l'objet d'une étude venant en complément de celle-ci.

 

Annexe : les grands thangkas du palais du Potala

Depuis le dernier quart du XVIIe siècle, la façade sud du palais-forteresse des pontifes tibétains offre en son milieu un vaste support pour deux thangkas géants cousus en un seul à ce que montre l'iconographie ancienne, mais décousus et inversés après 1959 selon une carte postale récente.

Fig. 45 - Photographie noir et blanc du palais de Potala prise en 1900 par l'explorateur russe O. M. Norzunov (ou Nozurnoff) depuis la colline de Chagpori. Le vaste soubassement aveugle au centre des façades blanches sert de support à un thangka monumental double, visible de très loin du fait de sa position élevée. La présence d'un tel support explique l'absence de tout mur à thanga indépendant.

 

Fig. 46 - - Photographie noir et blanc du palais du Potala vu depuis le sud sud-est, prise par G. Ts. Tsybikov en 1901 lors de la fête de Tsog Chod qui se déroule le 29e jour de la deuxième lune de l'année tibétaine. Source : Société américaine de géographie.
Deux thangkas ne formant qu'une seule pièce tapissent la façade blanche centrale. Le haut des images est au niveau du premier étage de fenêtres. Selon le photographe, le personnage de droite est Sakyamuni et celui de gauche Tara ou Doma.

 

Fig. 47 - Photographie noir et blanc prise par Hugh Edward Richardson en avril 1949. Source : The Tibet Album, 2006.
À l'arrière-plan, derrière le pilier de pierre extérieur de Shöl (doring chima, rdo ring phyi ma), on aperçoit nos deux koku (gos sku) réunis en un seul, suspendu depuis le premier étage de fenêtres.

 

Fig. 48 - Photographie en couleurs prise par Hugh Edward Richardson entre 1936 et 1950. Source : The Tibet Album, 2006.
Le double koku est exposé à l'occasion de la fête du Sertreng qui se déroule le 30e jour du 2e mois tibétain.

 

Fig. 49 - Peinture murale représentant la fête de l'achèvement du palais du Potala. Source : A Mirror of the Murals in the Potala, Pékin, Jiu zhou tushu chubanshe, 2000.
Pour l'occasion, les deux thangkas ont été déployés (la déesse Tara étant à gauche). Ils sont cousus l'un à l'autre comme l'indique la continuité du voile jaune en position relevée.

 

Fig. 50 - Carte postale en couleurs du Potala (vers 1980-1990).
Deux grands thangkas sont exposés côte-à-côte sur les grands murs blancs des façades sud. Ils sont suspendus au niveau de la rive du toit de la partie gauche du bâtiment (et non au niveau du premier étage de fenêtres comme dans les photos de Richardson). Il semblerait que chaque thangka formant le double koku visible dans les documents précédents ait retrouvé son indépendance mais au prix d'une inversion (la déesse Tara se retrouvant à droite). En dehors de leur période d'exposition, les rouleaux sont conservés dans un petit bâtiment en contrebas.

 

NOTES

[1] Un thangka monumental (mot tibétain signifiant « rouleau ») est une gigantesque toile déroulable et enroulable sur laquelle est représentée le bouddha ou une autre déité du bouddhisme tibétain, selon la technique dite de l'appliqué (pièces de brocart soigneusement découpées et assemblées). Destiné à être déroulé sur un support vertical ou oblique, un thangka peut atteindre plusieurs dizaines de mètres de largeur et de hauteur.

[2] Michael Henss, Liberation from the pain of evil destinies: the giant appliqué thang kas (gos sku) at Gyantse (rgyal rtse dpal 'khor chos de), in Issues in Traditional Tibetan Art from the Seventh to the Twentieth Century , Proceedings of the Tenth Seminar of the IATS, 2003, Volume 13: Art in Tibet (Erberto F. Lo Bue dir.), International Association for Tibetan Studies. Seminar, Charles Ramble, BRILL, 2011, 240 pages, pp. 73-90, p. 87 : « Most recently a huge image tower of this kind was erected at Se ra monastery, where – as at 'Bras spungs and other places – the banner had been until then displayed over a permanent scaffolding structure on the slopes ascending behind the monastic compound ».

[3] Michael Henss, op. cit., p. 87 : « This huge 'tower for displaying the cloth image' (go sku spe'u) inside the great enclosure wall built around the Dpal 'khor chos sde in 1425 probably was not erected before the 1430s, when the giant Gyantse banners were commissioned. This form of architectural 'image support' was constructed specifically for the display ritual ».

[4] "Service by thangka wall at Palkhor Chode, Gyantse", The Tibet Album, 5 Dec. 2006, The British Museum : « People standing and sitting next to the Goku Tramsa wall of Palkhor Chode monastery, Gyantse, where the large embroidered thangka on display can just be seen in the left side of the image. This textile would be displayed during the Gyantse festival which took place in the fourth month of the Tibetan year. The wall [...] was high on the hillside around Gyantse in the north east corner of the monastery ».

[5] Michael Henss, op. cit., p. 86 : « Because the damaged Dīpankara gos ku is not displayed, the display of the Maitreya alternates annually within a two-year cycle with the Sakyamuni gos ku ».

[6] Michael Henss, op. cit., p. 87 : « the largest intact tower that has survived is at Bkra shis lhun po [Tashilhunpo]. This is approximately 32 meters in height and 42 meters in width (at the base) and was constructed in 1468 for the display of Sman bla don grub's giant Buddha banner (circa 28 by 19 m) ».

[7] Samuel Turner, An Account of an Embassy to the Court of the Teshoo Lama in Tibet: Containing a Narrative of a Journey Through Bootan, and Part of Tibet, G. and W. Nicol, London, 1800, 473 p. P. 313 : « Here [towards the extreme limits of the monastery upon the north east] stood a lofty and broad, but shallow edifice, styled Kugopea, filled, as I was informed, with portraits of the sovereign Lamas, and with other sacred subjects appertaining to their mythology ; and solemnly dedicated to the festive celebration of some mystic rites of their religion » – P. 314 : « A view of the dwelling of Tessaling Lama, with the religious edifice styled Kugopea, on the north eastern boundary of the monastery of Teshoo Loomboo [Tashilhunpo], is given in the annexed plate ».

[8] Diana Lange, There’s More Than Meets the Eye with These Maps of Tibet, sur le site de The Rubin, November 28, 2016 : « Tashilhunpo Monastery with the big thangka wall, the four Panchen Lama mausoleums, and the Kiki Naga Garden; detail of the panoramic map of Southern Tibet © The British Library Board, Add. Or. 3016, Folio 2 (detail) ».

[9] Laurence Austine Waddell, The Buddhism of Tibet, or Lamaism, With Its Mystic Cults, Symbolism and Mythology and in Its Relation to Indian Buddhism, W.H. Allen & Co, Limited, London, 1895, p. 272 : « Hard by the last-named premises, is to be observed a lofty building of rubble-stone, reared to the amazing height of nine storeys. This edifice, which forms a very remarkable object on the hill-side, was sketched by Turner, who visited Tashi-lhumpo one hundred years ago, and his drawing of it is here annexed on opposite page. It is called Gö-Ku-pea, or "The Stored Silken Pictures," as it is used to exhibit at certain festivals the gigantic pictures of Maitreya and other Buddhist deities, which are brought out and hung high up as great sheets outside the walls of the tall building. By the vulgar it is called Kiku Tamsa. It is used as a storehouse for the dried carcasses of sheep, goats, and yak, which are kept in stock for feeding the inmates of the monastery. A wide-walled yard fronts the Kiku Tamsa, and this space is thronged by a motley crowd when (as is the custom in June and November) the pictures are exhibited ». P. 273 : « The "Gö-Ku-pea" or "Kiku-Tamsa" Tower at Tashi-lhunpo ». After Turner.

[10] William Carey, Adventures in Tibet: Including the Diary of Miss Annie R. Taylor's Remarkable Journey From Tau-Cahu to Ta-Chien-Lu Through the Heart of the "Forbidden Land", United society of Christian endeavor, 1901, 285 pages, p. 101 : « The most interesting building at Tashi Lhunpo is that called the Kiku Tamsa. It is nine stories high, and tapers upwards like a wedge or like the broad blade of a hatchet. It is the lamas' larder, being filled with dried carcasses of sheep, yak, and goat, for the monastic table. But it is also a gigantic blackboard or picture screen, and this purpose determined its peculiar shape. A large enclosure fronts the building; and twice a year, in June and November, immense crowds gather to gaze on the silken pictures of Buddhist deities which are hung over it for exhibition. These pictures are a hundred feet long. The chief favorite is Jampa, the "Loving ", the Buddha that is to be. Pilgrims come from long distances to see this picture, and press forward to kiss its silken fringe ».

[11] Sarat Chandra Das, Journey to Lhasa in Central Tibet, J. Murray, 1902, 285 p., pp. 117 et 274. P. 117 : « Some 200 paces farther on in the same drection, we came to a huge stone building called Kiku-tamsa. It is about 60 paces in length and 30 in breadth, and I counted nine stories in it. Though it is upwards of two hundred years old, it is still in excellent repair. Captain Turner made a sketch of it in 1785, but he mistook it for "a religious edifice." It is at present used as a store for dried carcasses of yaks, sheep, and goats. Every year, in the latter part of November, all the sacred pictures of the Labrang are hung up on this building for the benefit of the people, who, by touching these paintings with their foreheads, receive the blessings of the gods they represent ».

[12] F. Bailey Vanderhoef, Jr., A Glimpse of Another World: A Journey Through Western Tibet (1938), edited with a foreword by José Ignacio Cabezón, a Joint Project of the University of California at Santa Barbara and the Santa Barbara Museum of Art, 2008, 135 p. : p. 77, « On the hill behind the monastery of Gyantse, there is an enormous stone pylon which has a flat sloping side facing the town and the plain. Though the building itself serves the double purpose of a granary, it was built for the ceremony of Tangka day on the fifteenth day of the fourth month, called Saga Dawa, when the monks hang on the pylon an enormous Tangka, or banner, bearing a picture of the Buddha. [...] it is in three sections, the center section measuring about a hundred feet square, and the two side panels a hundred by about twenty feet ». P. 79-80 : « One of the side panels was missing. It was stolen some years ago under the most mysterious cicumstances. [...] Some say the Chinese took it; some say the English took it ». P. 81 : « Beside the work involved, the Tangka must have cost an enormous sum to make, for it is entirely composed of the finest and richest of brocades. We were interested to find that parts of it were made of Genoese velvet, some of Florentine cut velvet, some of Persian gold tissue, some even of French seventeeth century silk brocade, besides bits of Chinese, Indian and even Japanese material ».

[13] F. Bailey Vanderhoef, Jr., op. cit., p. 119 : « [...] we came to the spot where the wall runs along behind the top of the great pylon that holds the giant tangka. [...] the pylon we found to be only one flight of steps above the level of the hill at the back, and we climbed up to inspect it. On the very top was a wide terrace on the flat roof. Along the front side of this was a covered loggia with several windows looking down on the town. Above the row of windows was a row of twenty or thirty huge wooden pulleys set into the masonry and used to carry the ropes when pulling up the great tangka. [...] We crept through into the darkness. At the very bottom, the building was almost dark, but we could make out a row of square compartments, like huge coal bins, along each side of the gallery that ran down the center of the building. At the far end, a wide ramp circled upward to another floor that had the same double raft of huge bins. The internal construction of the building was entirely of heavy cypress beams, so arranged that the sloping front wall of the building was supported by the hillside at the back. [...] the entire building was once used as a granary. That was the purpose of the giant bins along each floor [...] ».

[14] Michael Henss, op. cit., pp. 86-88 (section The Ritual of Displaying The Gos Sku) : « On the 9th of June of 2001 preparations began around four pm as every year in the Rgyal rtse gtsug lag khang with the opening of the heavy leather bags in which the thang kas are kept throughout the year. Soon after 5 am the principal scroll and the side-banner were carried – mostly by young lay people – out of the assembly hall up to the gos sku thang sa, "the place for unfolding the silken image", where around 35 monks had gathered and were chanting sutra verses and blowing long dung chen trumpets. / [...] At a quarter to six am, when it was still dark, the thang ka procession arrived at the foot of the steeply inclined wall and the banner was fixed in its full upper width to a long metal pole. Shortly after six, fifteen laymen standing behind the façade at the top of the gos sku spe'u (plate 54) began to pull their precious load up. The image was then unrolled with the help of fifteen ropes in little more than five minutes. / At a quarter past six, the side-banner was pulled-up, fixed to another three ropes. All eighteen ropes slid over an equivalent number of wooden rolls in the top section of the tower and were handled by as many laymen lifting the silken scroll simultaneously. / Pilgrims performing their sacred bskor ra intra muros around the Dpal 'khor chos sde passed by the base of the gos sku thang sa, offering silken scarves and prostrating themselves to worship the silken image. Around ten, when the sun was about to rise over the upper ridge of the eastern hills, the sound of dung chen ('long trumpets') overwhelmed that of monks reciting prayers and the giant banner was let down. This took half an hour, and involved a procedure handled with considerably more care and time than the earlier process of unrolling. The thang ka was displayed for around four hours. Folding (not rolling!) the huge fabric thang ka to keep it safe for another two years is surprisingly complicated and requires a very professional expertise to avoid damage. One more hour was needed for packing and before noon the silken scroll had been carried back to the gtsug lag khang ».

[15] Hissage du thangka monumental depuis le toit du mur à thangka du monastère de Tashilhumpo, sur le site tibettravel.org.

 

Sommaire de l'article :

1. Appellations des murs à thangka
  1.1 En tibétain
  1.2 En anglais
  1.3 En allemand
  1.4 En français

2. Inventaire des murs à thangka géant
  2.1 Monastère de Séra à Lhassa
  2.2 Monastère de Palcho à Gyantsé
  2.3 Monastère de Tashilhunpo à Shigatsé
  2.4 Monastère de Riwo Dechen à Qonggyai

3. Descriptions anciennes du mur à thangka de Tashilhunpo
  3.1 Samuel Turner (1800)
  3.2 Collection Wise (milieu du XIXe siècle)
  3.3 Laurence Austine Waddell (1895)
  3.4 William Carey (1901)
  3.5 Sarat Chandra Das (1902)

4. Description ancienne du mur à thangka de Palcho Chode
  4.1 F. Bailey Vanderhoef (1938)

5. Transport, levage, dévoilement, exposition et descente d'un thangka géant
  5.1 À Palcho Chode
  5.2 À Tashilhunpo

Annexe : les grands thangkas du palais du Potala

Notes


 

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© Christian Lassure

17 février 2018 / February 17th, 2018 - complété le 27 février 2018 - 7 mars 2018 - 10 mars 2018 / updated on February 27th, 2018 - March 7th, 2018 - March 10th, 2018

 

Référence à citer / To be referenced as :

 

Christian Lassure

Une curiosité architecturale : les murs à thangka des grands monastères tibétains (An architectural curiosity: the thangka walls of the major Tibetan monasteries)
http://pierreseche.chez-alice.fr/murs_a_thangka.htm

17 février 2018

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