LE GROUPE DE CABANES No 213 DU QUARTIER DES SAVOURNINS (OU « VILLAGE DES BORIES ») A GORDES (VAUCLUSE)

 

Texte et photos
 de Christian Lassure

 

Ce groupe de cabanes est porté No 213, "sol cabane", sur le cadastre napoléonien (1809). Dans la présentation muséologique de Pierre Viala (1978), il porte le No 4 (*). Dans notre étude de 1980, il constitue le groupe VI (**).

Il comporte, distribuées d’Ouest en Est autour d’une courette et s’appuyant l’une sur l’autre, une habitation-magnanerie, une étable-bergerie et une resserre (cette dernière n'est pas figurée sur le cadastre de 1809).

1 - L’HABITATION-MAGNANERIE

Elle a été transformée en vitrine de musée.

Plan : Grand rectangle orienté NNE et SSO et divisé en deux cellules par un mur de refend (du moins au niveau inférieur). Longueur extérieure : 9 m 45; longueur intérieure : 7 m 40; largeur extérieure : 4 m 60; largeur intérieure : 2,60 m. La largeur des parois oscille autour de 1 mètre.

Forme : Carène. Hauteur du pignon-façade : 6 m 60; hauteur intérieure médiane : 4 m 25. Sous les dalles de couvrement, deux poutrelles (restes de l’échafaudage volant terminal ?).

Sol : Couvert d’un dallage en contrebas par rapport au seuil.

Plancher : A 1 m 80 de haut, plancher de poutres recouvert de dalles avec une interruption (trémie) devant la hotte de cheminée. Une échelle en bois servait probablement de moyen d’accès à l’étage.

Parois : Enduites de plâtre ainsi que les joints des dalles de couvrement. De la suie encrasse le haut des parois.

Entrée : D’élévation rectangulaire (hauteur : 1 m 40, largeur : 0 m 78), elle s’ouvre à l’angle du mur sud et du grand côté ouest et donne dans la courette. Elle est légèrement surélevée par rapport au sol de la courette et on y accède par deux marches, le seuil monolithe formant une 3e marche. Linteau surmonté de trois lausses disposées côte-à-côte et formant larmier.

Porte : L’entrée est fermée par une porte au montant articulé sur crapaudines en haut et en bas.

Aménagements intérieurs : Dans le parement sud du refend, est réservé un placard formé par l’étagement et la juxtaposition de plusieurs niches et muni, en bas, d’une tablette saillante. Dans la paroi est, un évier monolithe est encastré ainsi qu’une étagère. Une hotte de cheminée se trouve dans l’angle sud-est, avec une banquette servant de foyer (hauteur : env. 30 cm) et une dalle servant de plaque de foyer. Un conduit de fumée traverse la paroi jusqu’à un orifice en façade. Une couchette surélevée est aménagée contre la paroi intérieure du pignon-façade.

Utilisation, réutilisation : Dans les parois se voient les trous où étaient fixés les supports des claies servant à l’élevage des vers à soie. Ces trous sont ménagés dans un placage de plâtre postérieur à l’enduit qui, lui, est maculé de suie.

Vestiges : Un fragment de hache et des anneaux en bronze auraient été trouvés sous le dallage. S’agit-il d’objets trouvés dans les cultures et ayant servi de dépôt de fondation au paysan-constructeur pour éloigner d’éventuels malheurs (cf. les « pierres de foudre »). S’agit-il, sinon, de vestiges d’occupation préexistant à l’édification du bâtiment ? Les anneaux de bronze sont-ils des pièces de harnachement laissées en place après la transformation d’une étable en habitation (pose de dallage sur le sol originel) ?

2 - L’ETABLE-BERGERIE

Ce bâtiment s’appuie en équerre sur le grand côté est du bâtiment précédent (du moins sur la partie antérieure de ce côté).

Plan : Rectangle aux grands côtés s’écartant légèrement. Longueur extérieure : 10 m 60; longueur intérieure : 8 m 40; largeur extérieure : 4 m 80; largeur intérieure : 2 m 90 vers l’entrée, 3 m 05 vers le fond.

Sol : Strates rocheuses servant de dallage.

Forme : Carène. Hauteur du pignon avant : 4 m 60. Hauteur intérieure : 3 m 50 vers l’entrée, 3 m 70 vers le fond. Plafond de dix dalles posées côte à côte.

Plancher : Les trous des poutres du plancher ayant servi à la construction sont visibles. Dans la paroi du fond, à la hauteur du plancher retiré, s’aligne une série de dalles en saillie d’une vingtaine de centimètres.

Parois : Les faces apparentes des pierres de l’intrados ont été soigneusement biseautée à coups d’aiguille. Des plages d’enduit s’observent sur les parois est, sud et ouest.

Entrée : D’élévation rectangulaire (hauteur : 1 m 56, largeur : 0 m 73), elle s’ouvre à l’angle du mur ouest et du grand côté sud et donne dans la courette. Son linteau est surmonté d’un rectangle de décharge. Le seuil est surélevé par rapport au sol de la cour et au sol intérieur.

Porte : L’entrée est fermée par une porte cloutée, articulée sur crapaudines.

Aménagements intérieurs : Une banquette de pierre installée dans l’angle face à l’entrée (hauteur : 53 cm, longueur : 2 m 05, larg. : 52 cm) soutient une mangeoire formée par une planche (hauteur : 35 cm) posée en oblique. Une niche dans le grand côté nord fait face à une niche dans le côté opposé ; une lucarne-ventilation s’ouvre dans la paroi est.

3 - LA RESSERRE

Elle vient s’appuyer contre le mur sud de l’étable-bergerie.

Plan : Rectangle. Longeur extérieure : 5 m 80; largeur pignon-façade : 3 m 60; longueur intérieure médiane : 3 m 80; largeur intérieure : 2 m.

Sol : Rocher formant dallage naturel.

Forme : Carène. Hauteur intérieure vers l’entrée et vers le fond : 3 m.

Plancher : Sans.

Parois : Non enduites.

Entrée : S’ouvre à l’angle du grand côté nord et du petit côté sud et donne dans la courette. Haute de 1 m 40 et large de 0 m 90, elle a son linteau (brisé) qui s’avance légèrement en larmier. Il est surmonté d’un rectangle de décharge.

Porte : En bois, au montant articulé sur une pierre trouée en haut et sur une crapaudine en bas.

Aménagements intérieurs : Une aération-prise de jour s’ouvre dans la paroi sud.

Restauration : Dans le mur sud s’ouvrait une entrée aérienne aujourd’hui bouchée (linteau fendu).

4 - LA COURETTE

L’entrée de la courette était fermée par une barrière articulée dont le montant était fiché dans deux pierres saillantes percées.

Une ancienne entrée, à présent murée, permettait d’accéder, à travers le mur de clôture sud, à l’enclos situé en avant de la courette.

Une niche à l’encadrement formé de quatre dalles est réservée dans le mur de clôture nord, à gauche de l’habitation.

Plusieurs auges en pierre, rapportées par le concepteur du site, sont visibles aux angles de la courette.

 

(*) Pierre Viala, Le village des bories à Gordes dans le Vaucluse, éd. "Le village des bories", Gordes, 1978, 16 p.

(**) Christian Lassure, "Les Cabanes" à Gordes (Vaucluse). Architecture et édification, dans L'architecture vernaculaire rurale, suppl. No 2, 1980, pp. 143-160.

 

 

 

© Christian Lassure

Le 25 février 2007

L'ensemble, avec de gauche à droite l'habitation, l'étable et la resserre.

L'ensemble, vu depuis l'Est. La resserre est à gauche.

Le pignon-façade de l'habitation.

L'habitation, vue de côté : bel exemple de nef gordoise !

L'habitation, vue depuis l'arrière. Les longs côtés et le pignon arrière sont aveugles.

Point de contact entre l'habitation et la bergerie (cette dernière à droite).

L'intérieur de l'étable (dessin de l'auteur).

Point de contact entre l'étable et la resserre (cette dernière à droite)..

Les pierres trouées saillantes où s'articulait le montant de la barrière d'entrée.

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