LE FLORILÈGE

Utterances to be inscribed in stone (dry preferably)

Quelques citations d'auteurs


Elisabeth Schober
"paysanne en agriculture biologique à Chaborigaud (Gard),
association 'Cevemm' qui anime des stages et séjours autour de la pierre sèche"

"La première idée qui s'impose à moi chaque fois que je regarde un versant étagé en terrasses, est toujours la même : quelle générosité. Parce qu'il faut des jours et des semaines de travail pour créer un bancel de quelques mètres carrés, un bancel tout juste suffisant pour planter trois châtaigniers ou quelques rangées de pomme de terre. Parce qu'il faut dix années pour aménager un demi-hectare, ce qui était assez pour faire vivre une famille. Parce qu'il faut des générations pour créer un paysage. Des générations où l'on travaillait pour autrui, pour le seigneur, où l'on était remunéré en nourriture et en terre. Au musée Cévenol de Saint-Jean-du-Gard on peut voir le "terraïou", panier rond qui servait de mesure pour la terre que l'ouvrier pouvait prendre chez son patron, dans un coin mal exposé de sa propriété. Il le montait sur son versant de montagne et, petit à petit, arrivait à construire un petit jardin suspendu … Ces paysans ne construisaient pas seulement pour eux-mêmes mais pour tous ceux qui viendraient après et qui pourront bénéficier d'une terre plus vaste, plus riche, plus fertile. Un espace où l'on pourra travailler avec un mulet et donc épargner l'homme. C'est la marque d'une générosité mais aussi d'une confiance dans l'avenir : après viendront des hommes, d'autres paysans, de la même lignée, ou des étrangers qui auront besoin de tout l'espace, qui sauront apprécier la terre mieux fertilisée, le sol plus profond : ils travailleront simplement la terre qui les nourrit. Ainsi peuvent passer des siècles et on aura laissé, pour la postérité, des paysages humanisés d'une stupéfiante beauté.

Ces œuvres qui n'ont rien coûté que la sueur de ceux qui les ont accomplies vont durer des siècles … tant qu'il y a des paysans pour l'entretien saisonnier, pour éviter que des arbres s'y développent et que les bêtes les emportent au passage, pour réparer vite, vite une petite faille avant que le mur ne s'écroule de toute sa longueur."

Source : Elisabeth Schober, Histoires de la pierre sèche, dans L'architecture vernaculaire en pierre sèche du midi de la France : unité, diversité, prospective, Actes du colloque d'Auzat et Suc-et-Sentenac des 12 et 13 juin 1999. 

Elie Ciocca
Poète

"Moi, habitant de ce petit village provençal, accueillant, verdoyant, au bord de l'Argens, fleuve qui fait le régal, des vacanciers, des pêcheurs, des randonneurs. (…)

C'est toujours avec joie que je viens me promener en ces lieux. (…)

Sur la draille tortueuse où les "avaoù" piquent ma peau, je chemine sûrement. Je reconnais chaque arbre, chaque pierre, chaque restanque, chaque "baoù". Là au détour d'un "bancaoù" un espace un peu plus dénudé que le reste du terrain, est mon lieu de pèlerinage. L'endroit où je viens pour ainsi dire me recueillir. Un instant je m'arrête.

Encore quelques pas feutrés, pour ne pas faire de bruit, je marche avec prudence, pour surprendre mon amie dans son sommeil. Encore quelques mètres et je la vois, là, impassible, inerte, silencieuse. Masse imposante, ancestrale. Un rayon de soleil l'éclaire, un rayon qui filtre au travers du feuillage d'un gros chêne, d'un beau "rouvre". Elle semble attendre ma visite, elle, la "borie" des temps lointains. Toujours là, entière, résistant aux intempéries.

Je l'ai découverte un jour où je traquais le perdreau; dans ces lieux sauvages, au détour de la draille qui débouche dans un lot de restanques encore bien conservées, malgré les siècles d'existence. (…)

Ah! mon amie, ma vieille amie. Mon regard l'englobe, la fixe comme pour m'en enivrer un peu plus. Il semble qu'elle se réveille, qu'elle respire, qu'elle remue, qu'elle a senti ma présence. Quelques mots inaudibles sortent de mes lèvres. Des mots de bienvenue, comme on en dit à un vieil ami cher. Des paroles banales mais empreintes d'amitié, de joie : ha ! combien je l'aime cette amie. Heureux de la toucher. Quel régal de revoir cette image du passé, que les intempéries n'ont pu détruire, et ne viendront jamais à bout de sa solidité, de sa résistance, de sa beauté. (…) Sa forme arrondie, masse imposante, mérite le respect, respect encore et toujours. Pour elle, pour eux. Respect pour ceux qui ont donné leur fatigue, leur savoir à cet ouvrage, pour se protéger du froid, du chaud, de la pluie, prendre un peu de repos après une journée de labeur, à retourner cette terre, à la faire vivre, à l'aimer pour qu'elle leur donne la nourriture pour vivre, survivre, eux et leur descendance. Mon dieu que cette vie était difficile, de l'aurore au crépuscule. On ne peut oublier cela. Non ! n'oublions pas."

Source : Elie Ciocca, Poèmes et "borie", 1986

Maurice Roustan
entrepreneur en maçonnerie sèche à Nîmes

English version

Maurice Roustan est le grand spécialiste et restaurateur des capitelles du Gard. Sa renommée locale lui a valu d'être intronisé chevalier de la Confrérie des bâtisseurs à pierre sèche. Grâce à lui, on sait à quoi ressemblaient les tours de l'enceinte fortifiées du village chalcolithique de Boussargues dans l'Hérault : elles étaient identiques aux capitelles qu'il édifie depuis une dizaine d'années dans le Gard ! Ses publications sont émaillées de termes curieux et savoureux dont la collation donne un véritable inventaire à la Prévert.

bajoyer : Mur en pierre sèche bordant le lit d'un vallat ou ruisseau canalisant l'eau des orages. Il est bâti avec un seul parement et des assises dégressives de la base au sommet.

casquette : L'ensemble formé des dalles saillantes inclinées insérées entre le linteau et son système de décharge dans certaines capitelles.

chape : La grande dalle qui vient recouvrir la dernière assise d'une voûte auto-clavée.

clède : Branchages assemblés ou tressés formant porte d'enclos ou de capitelle.

cul d'amphore renversée : Image employée pour décrire la section d'une voûte auto-clavée où chaque demi-voûte a un profil en courbe et contrecourbe.

hall : Dans sa plus simple expression, embrasure de l'entrée d'une tine ou cuve voûtée en pierre sèche de la garrigue nîmoise, la séparation entre l'embrasure et la cave étant marquée par une dalle posée de champ, la margelle. Dans sa version la plus évoluée, extension en forme de vestibule des deux côtés et du couvrement de l'entrée de cette cuve.

pastourette : Petite guérite ayant servi d'abri de berger dans la garrigue de Nîmes; elle est soit accolée, soit incorporée à un mur-clapier bordant un enclos

pierre coin : Tout simplement une cale (et assurément pas une pierre d'angle).

soie : Partie de la pierre qui pénètre dans le mur (cette acception est inconnue des dictionnaires et lexiques, lesquels ne connaissent que le sens de prolongement en pointe de la base d'un couteau sur lequel on monte le manche).

tête de mort : Dans le langage des maçons, pierre informe, difficilement exploitable à sec.

tour de porte : Encadrement de l'entrée.

vieux crâne : La même chose qu'une tête de mort dans le langage des maçons.

Maurice Roustan

Dry stone building contractor of Nîmes

Maurice Roustan is a great specialist and restorer of the capitelles of the Gard. His local renown got him his knighthood in the Brotherhood of Dry Stone Builders. Thanks to him, we know what the towers of the fortified enclosure of the bronze-age village of Boussargues in the Hérault must have looked like ; they were identical to the capitelles that he has been building for the last ten years in the region of the Gard ! His publications are sprinkled with curious and evocative terms whose anthology provides truly Prévert-like inventory:

bajoyer: Dry stone wall along the bank of a stream-bed, or vallat, containing the flow of storm water. It is built with a single face and its courses are of diminishing size from the base to the summit.

casquette (cap): The structure formed by inclined, salient slabs inserted between the lintel and its relieving fabric in certain capitelles.

chape (screed): The large slab which covers up the final course of a self-locking vault.

clède: Grouped or plaited branches forming a doorway for an enclosure or a capitelle.

cul d'amphore renversée (upturned amphora bottom): Expression used to describe the section of a self-locking vault in which each half-vault has a curved or counter-curved profile.

hall: At its simplest, an entry embrasure of a tine or vaulted, dry stone tank in the garrigue nîmoise (the scrubland country around Nîmes), the separation between the embrasure and the tank being marked by a slab laid edgeways, the curbstone. In its most developed form, it is an extension in the form of a hallway, with two sides and a roofing, to the entry of this stone tank.

pastourette (shepherd shelter): Little hut used as shelter by shepherds in the garrigue nîmoise; it is either attached to, or built into, a wall of piled-up stones around a plot of land.

pierre coin: Simply a wedge (and definitely not quoin).

soie (tang): Part of the stone that enters the wall (this usage is not found in dictionaries and glossaries, which only give as the meaning, the pointed extension at the base of a knife-blade on which the handle is mounted).

tête de mort (deathshead): In the masonic tongue, a rough, shapeless stone, difficult to make use of in dry stone masonry.

tour de porte: Doorway surround.

vieux crâne (ancient skull): Same thing as a tête de mort in the masonic tongue.

Jacques François et Agnès Redon
Conservatoire des Terrasses - Ecomusée - 07360 SAINT-MICHEL-DE-CHABRILLANOUX
Inventeurs de "l'effet miroir du mur" et de "l'énergie de la pierre"

Stage de formation
"Construire un mur
en pierre sèche"

En un petit groupe et dans la convivialité
vous vous initierez à cette technique dans
le but de restaurer  vos propres murs afin
de  perpétuer le patrimoine de nos anciens.

C'est, bien sûr, découvrir une technique
traditionnelle, avec ses règles, à la portée
de toute personne valide, qui implique à la
fois effort physique et mental.

C'est découvrir le plaisir ou la jubilation
que procure l'assemblage d'un puzzle
géant en trois dimensions dont aucune
pièce ne ressemble à une autre.

C'est, enfin, découvrir l'inattendu : l'effet
miroir du mur, comme révélateur d'une
part de soi et de ressentir l'énergie de la
pierre.

Du démontage au remontage du mur. Un
peu de théorie. Beaucoup de pratique. Un
document technique.

Réservation nécessaire.
Prévoir des gants


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© Christian Lassure - CERAV

Actualisé le 13 octobre 2003 / Updated on October 13th, 2003

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