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FABRIQUES EN PIERRE SÈCHE MODERNES À BUOUX (VAUCLUSE)

MODERN DRY STONE STRUCTURES AT BUOUX, VAUCLUSE

Christian Lassure (texte), Jean Laffitte (photos)

De curieuses constructions en pierre sèche se dressent dans une propriété privée de la commune de Buoux dans le Vaucluse. Elles ont pour caractéristiques d'être pleines et d'épouser des formes géométriques simples (cylindre, tronc de cône, cube, parallélépipède, pyramide). Dans certaines, les pierres sont grisâtres, patinées par les années, dans d'autres elles sont encore blanchâtres, récemment tirées du sol.

On trouve également de grands pierriers rectangulaires parementés de plusieurs dizaines de mètres de long et des pierriers non parementés, en forme de tas, les uns et les autres liés aux anciennes activités agricoles des lieux.

Le site n'étant pas enclos, il sert aujourd'hui de promenade à des visiteurs, attirés par la présence de ces fabriques (1) en pierre sèche. L'un des auteurs du présent article, Jean Laffitte, en a rapporté les photos suivantes.

Grande pyramide pleine à quatre faces, terminée par un pyramidion (2) en contreplaqué. Le millésime 1999 est gravé sur un grand bloc encastré dans le parement de la structure.

 

 

Pierre gravée du millésime 1999 dans le parement de la pyramide ci-dessus.

 

Pierre gravée du millésime 1994 dans le parement de la structure en cylindres dégressifs ci-dessous.

 

Construction formée de trois cylindres pleins dégressifs réutilisant une ancienne tour de guet avec rampe d'accès. Le pourtour supérieur des deux premiers cylindres est souligné par une rive de grandes lauses. La grande hauteur du cylindre bas vise à dissuader les grimpeurs d'escalader ce que le constructeur appelle « la mosquée ». Le cylindre haut, d'une facture moins soignée que les sous-jacents, est coiffé d'une pierre conique en guise d'épi. Le millésime 1994 est gravé sur un grand bloc encastré dans le parement de la structure.

 

Petite pyramide pleine à quatre faces, se dressant au centre d'un mur bas en forme d'anneau. Des lauses affrontées forment le pyramidion.

 

Cylindre bas, au sommet subconique recouvert de lauses et coiffé d'une pierre en forme de flamme en guise d'épi. Des dalles alvéolées sont placées en demoiselles (3) dans le parement du cylindre sous la rive. Cette fabrique a remplacé un pierrierr écroulé. La teinte ocre-jaune des pierres postule une date de construction très récente.

 

Construction pleine à degrés comportant, de bas en haut, un paralélépipède bas, un cylindre elliptique bas, un cylindre haut terminé par un épi formé de lauses affrontées. Le cylindre terminal a un léger contre-fruit. Cette fabrique est censée être une « stoupa » (4).

 

Grand pierrier subcirculaire parementé abritant une cabane en son sein et surmonté d'une tourelle cylindrique ayant servi au guet selon le propriétaire. Des pierres dressées ont été fichées sur le pourtour du corps de base ainsi que sur le pourtour du sommet plat de la tourelle.

 

La tourelle terminale vue de près. La maçonnerie tient de l'empilement...

 

Lauses longiformes entassées autour d'un tronc de chêne de façon à former un cône.

D'autres fabriques, pour lesquelles nous n'avons pas de photos, ornent la propriété :
- un enclos circulaire, percé de trois entrées, avec en son milieu un petit cône ;
- un cylindre surmonté d'une demi-sphère en retrait ;
- un pierrier circulaire parementé dont le dessus plat est agrémenté de lauses dressées ; son nom : Paul's birthday (« l'anniversaire de Paul ») d'après une inscription, il s'agit donc d'un gateau d'anniversaire, les lauses fichées étant autant de bougies ;
- un tronc de cône dont le bord supérieur est souligné d'une assises de lauses ; une planchette en bois, encastrée dans son parement, porte l'inscription torta de cumpleanos de Violaine (« gateau d'anniversaire de Violaine»).

Toutes ces structures sont dues au propriétaire des lieux : ayant pris sa retraite, il s'est mis à remonter les constructions agricoles en pierre sèche qui occupaient le site et à en ajouter de nouvelles de son cru. Interrogé par Jean Laffitte, il a confié à ce dernier un certain nombre de remarques sur la construction de la grande pyramide. On trace un carré au sol avec de la ficelle, on plante ensuite en son centre un tube d'irrigation fiché dans un tonneau plein de pierres, enfin on tend deux ficelles. Il ne reste plus qu'à aller cherches des pierres avec une brouette. Pour faire les parties hautes de la structure, il faut une échelle double. Les pierres sont toutes calées à l'arrière pour qu'elles ne bougent pas. Aucune fondation, la pyramide a été posée directement sur le sol. Comme une pyramide se rétrécit de la base au sommet, « plus on avance, plus ça va vite », fait remarquer non sans esprit le bâtisseur (5).

Le parement des ouvrages semble ignorer les règles fondamentales de la maçonnerie sèche : le croisement systématique des joints pour éviter la formation de piles d'assiettes, et le fruit à imprimer aux parements pour contrecarrer les poussées vers l'extérieur.

Avec ces fabriques en pierre sèche, on est dans le registre du « land art » (6), mais un land art sans prétention technique ni esthétique, prenant prétexte de l'existence de vestiges lithiques agricoles pour s'exhiber. Alors que les cabanes et murs en pierre sèche des agriculteurs du plateau des Claparèdes (7) répondaient à des nécessités vitales, ces structures modernes sont conçues et réalisées sans autre nécessité pour leur édificateur que celle d'occuper agréablement sa retraite.

NOTES

(1) Une fabrique est une construction à vocation décorative et philosophique ornant un jardin ou un parc.

(2) Un pyramidion est le petit élément coiffant le sommet d'une pyramide ou d'un obélisque.

(3) Une pierre est dite placée « en demoiselle » quand elle est placée en parement avec sa plus grande dimension dans le sens vertical.

(4) Un « stoupa » est monument bouddhiste que l'on trouve dans le sous-continent indien mais aussi dans le reste de l'Asie. C'est à la fois une représentation aniconique du Bouddha et un monument commémorant sa mort.

(5) Source : vidéo réalisée par Jean Laffitte lors de sa visite des lieux en octobre 2008.

(6) Le « land art » est une pratique artistique prenant la nature comme support et matière première.

(7) Buoux est, avec Apt, Auribeau, Bonnieux, Catellet, Saignon et Sivergues, une des sept communes occupant le plateau des Claparèdes, vaste étendue qui fut déboisée et mise en culture au XIXe siècle, d'où les nombreux clapiers, murs et cabanes en pierre sèche édifiés avec les pierres calcaires extraites du sol lors des défrichements. Au début du XXe siècle, la culture des céréales fut petit à petit abandonnée en raison de l'épuisement de la mince couche de terre arable.


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© Christian Lassure, Jean Laffitte
17 octobre 2012 / October 17th, 2012

Référence à citer / To be referenced as :

Christian Lassure (texte), Jean Laffitte (photos)
Fabriques en pierre sèche modernes à Buoux (Vaucluse) (Modern dry stone structures at Buoux, Vaucluse)
http://pierreseche.chez-alice.fr/fabriques_buoux.htm
18 octobre 2012

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