LE "VILLAGE DES BORIES" A FAIT UN PICHOUN : L' "ENCLOS DES BORIES"

THE "VILLAGE OF THE BORIES" HAS HAD A SON: THE "ENCLOSURE OF THE BORIES"

Christian Lassure


Bonnieux est ce village du Vaucluse qui, dans les années 1960, acquit une certaine notoriété auprès des amateurs d'architecture en pierre sèche grâce aux écrits de Pierre Desaulle sur les "bories" du plateau des Claparèdes (1). Arpentant les friches un mètre à la main, ce dernier datait les cabanes en pierre sèche en fonction de leur hauteur sous voûte, une méthode tellement confondante de simplicité et d'efficacité que personne jusque là n'y avait pensé. Depuis, les cabanes continuaient à se démantibuler doucement sous la végétation qui reprenait ses droits. Mais de bonnes fées veillaient sur elles...

En 2004, lors d'une journée d'étude sur l'architecture en pierre sèche qui se tenait à Salon-de-Provence dans le département voisin, nous apprîmes que les vestiges lithiques d'origine agricole du lieu dit Le Rinardas à Bonnieux étaient en cours de restauration pour être présentés au public sous l'appellation de "village gaulois" (rien moins !). Desaulle avait donc fait de nouveaux émules bien que ses thèses fumeuses eussent été depuis longtemps réfutées.

Trois ans plus tard, il est question non plus de "village gaulois" mais d' "enclos des bories". C'est en effet sous ce nom de baptème  – ainsi que nous l'apprend le journal Le Provençal dans sa livraison du 16 avril 2007 (2) – que désormais l'infrastructure en pierre sèche du Rinardas se retrouve "mise en valeur", expression bien choisie si l'on considère l'indication d'un droit d'entrée donnée juste en dessous.

"Village des bories", "enclos des bories" : il reste heureusement encore quelques dénominations exploitables - "hameau des bories", "quartier des bories", "enceinte des bories", "bourg des bories" (cette dernière avec une intéressante allitération, on en conviendra) pour les autres villages du Vaucluse qui souhaiteraient eux aussi avoir leur "village de bories made in Luberon".

Aussi, comment ne pas être ému devant cette belle vision pastoraliste du site proposée par le Parc naturel régional du Luberon, avec ces bergers hésitant entre passer la journée et passer la nuit dans leurs bories, juste à côté des aires à battre (leur poussièreuse houppelande, ou leurs brebis peut-être ?).

S'il y a des gens qui souhaitent aller voir des "bories" en liberté dans un "enclos", libre à eux. Mais peut-être qu'une simple balade virtuelle, en images, suffirait amplement. C'est ce que nous proposons ci-après.

(1) Pierre Desaulle, Les bories de Vaucluse. Région de Bonnieux. la technique, les origines, les usages, Editions A et J. Picard, Paris, 1965, 271 p. On trouvera une réfutation de cet ouvrage à l'adresse suivante : http://www.pierreseche.com/mythe_Desaulle.html.

(2) Florence Antunes, Bonnieux a aussi son village des bories made in Luberon, dans Le Provençal, lundi 16 avril 2007. On ne peut qu'applaudir à l'emploi de l'expression "made in Luberon" (fabriqué en Luberon) qui décrit si bien la nature de l' "enclos" (en plus de fleurer bon la Provence).

 

LIEU DIT LE RINARDAS À BONNIEUX (VAUCLUSE)

 

Le Rinardas (ou Les Rinardas) est une zone d’anciens champs envahis par les chênes blancs. Les aménagements lithiques agricoles y sont légion.

 

Vue aérienne de deux anciens apiers ou ruchers. Dans l'apier du haut, le seul à être doté de niches murales, on distingue des restaurateurs à l'œuvre (photo Henri Corbineau).

 

A l'angle sud-est de l'apier, une cabane incluse dans l’épaisseur du mur permet l’accès à l’intérieur.

 

Ce sont une quinzaine de niches qui sont réservées dans la paroi intérieure des murailles ouest et nord. Une large allée dallée partage l’enclos dans sa longueur en deux platebandes où poussaient autrefois, dans de la terre rapportée, des plantes mellifères. Une banquette basse borde la paroi intérieure de la muraille sud. Enfin, un réduit non couvert occupe l’angle opposé à celui de la cabane (photo Dominique Repérant).

 

L'apier vu depuis le sommet de l'angle sud-est : de grandes lauses ont été jetées sans grand soin sur l'extrados de la cabane d'entrée. Sur le faîtage de la muraille de gauche, quelques dailles saillant vers l'extérieur empêchaient toute intrusion animale (photo Dominique Repérant).

 

Un réduit non couvert occupe l’angle opposé à celui de la cabane : le petit mur butant contre la face intérieure du mur périphérique est en fait une interpolation récente (photo Dominique Repérant).

 

Une des niches à fond arrondi ayant servi à abriter une ruche (photo Henri Corbineau).
 

Autres vestiges (photo Dominique Repérant).
 

Idem (photo Dominique Repérant).
 

Idem (photo Dominique Repérant).
 

Point d'eau (photo Dominique Repérant).
 

L’aire à dépiquer qui s’étend juste devant la façade de cette cabane, indique sans conteste à quoi servait cette dernière (la cabane de l’aire) et ce qu’on cultivait autrefois dans la parcelle où elle se trouve (des céréales).

Ceci dit, cette massive et presque disgrâcieuse bâtisse appelle quelques remarques quant à sa morphologie et son architecture.

Tout d’abord, l’état chaotique de la partie sommitale, réduite à un petit cône bien en retrait par rapport au cylindre de base, est peut-être le vestige d’une couverture de lauses disparue.

Ensuite, l’entrée, qui ne brille pas par ses dimensions, a ses montants qui divergent à mesure qu’ils s’élèvent, si bien que la dalle formant linteau, faute d’une longueur suffisante, s’appuie de part et d’autre sur deux dalles plus petites, placées en corbeaux et en panneresses et légèrement inclinées vers l’extérieur de l’embrasure et en sens contraire. C’est là un dispositif de couvrement ingénieux, qui mérite d’être signalé (photo Dominique Repérant).


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© Christian Lassure

Le 29 avril 2007 / April 29th, 2007

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